Le tango s’écrie

 

Le tango n’est pas tristesse

Le tango est ivresse

Ivresse de soi, ivresse de l’autre

Ivresse de soi dans l’autre

Et de l’autre en soi

Élégance des phrasés

Déphasé des transes enfin libérées des nues

Le tango est effet de terre et de su

Car le tango enveloppe et meut

Révèle l’alphabet qui se cache en nous

Il est mot raturé

Mot roulé, taché, désappris

Pas glissé, hanche dévissée, torse bombé

Oreille coincée, tempes transpirantes

Alors sous le toit circonflexe

Des abrazos ainsi créés

Le tango lisse

Glisse et s’immisce

Dans des phrases en construction

Dans les dires qui naissent, apostrophent

Balbutient, hésitent et sonnent

En mélangeant les dictionnaires

Il disloque nos lexiques

Il convoque nos alphabets secrets

Joue des virgules

Loue la férule des corps qui osent

Et se métamorphosent en écrit

 

trignac -30 juillet 2013 - em

 

Eric Milet

El Choclo, Angel Villoldo

Oblivion, Astor Piazzolla

Villa Luro, Tomás Gubitsch